
À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée chaque 13 février, deux journalistes congolais, Victoire Mbuto de Canal Unigom et Mubupa Abdallah Kit, rappellent le rôle vital de la radio dans la cohésion sociale et la lutte contre la désinformation. Face aux menaces sécuritaires et aux défis du numérique, ils plaident pour un journalisme humain, éthique et proche des communautés.
La radio demeure le canal d’information par excellence en République démocratique du Congo. Dans les villages, elle s’écoute en famille ou entre voisins, sous l’arbre du marché. Sa crédibilité est telle que, selon Victoire Mbuto, « ce qui est dit à la radio est perçu comme sûr et fiable ».
Au Nord-Kivu et dans d’autres provinces de l’Est, les radios évoluent dans un climat de violence. Les journalistes y travaillent sous la menace des groupes armés et parfois de certaines autorités. L’autocensure devient une stratégie de survie, au détriment de la liberté d’expression.
Les obstacles sont nombreux : manque de moyens financiers, coupures d’électricité et de réseau, attaques contre les locaux. À Uvira, la radio Houlon FM a été vandalisée ; à Bukavu, un journaliste local a été enlevé. Ces réalités fragilisent la continuité du travail journalistique et la sécurité des équipes.
Face à ces pressions, Victoire Mbuto insiste sur la nécessité de rester impartial. « Ne cédez pas à la propagande, respectez les faits et contextualisez-les », recommande-t-il. L’éthique professionnelle demeure la meilleure arme pour préserver la crédibilité de la radio et la confiance des auditeurs.
Dans les zones de conflit, la radio joue un rôle central : elle rassure, informe et donne la parole aux communautés locales. Elle peut apaiser les tensions, corriger les rumeurs et favoriser le dialogue. Les émissions en langues locales renforcent ce lien de proximité et permettent d’atteindre les populations isolées.
La lutte contre la désinformation est un autre défi majeur. Mubupa Abdallah Kit souligne l’importance du fact-checking et de la formation continue des journalistes. Les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent compléter le travail, mais « ils ne doivent jamais remplacer le journalisme humain et éthique », précise-t-il.
Pour exercer dans ces zones sensibles, les journalistes adoptent des mesures de prudence : éviter de se déplacer seuls, protéger leurs sources, consulter la rédaction avant de diffuser des informations sensibles. Les réseaux de soutien, comme l’Union nationale de la presse du Congo, jouent un rôle crucial dans leur protection.
À l’ère du numérique, la radio doit s’adapter sans perdre son âme. Les podcasts, les diffusions en ligne et les partenariats avec les plateformes numériques offrent de nouvelles opportunités. Mais Mubupa Abdallah Kit rappelle que « l’humain doit rester au centre », car l’information vivante et éthique demeure irremplaçable.
Pour renforcer la radio, il propose un cadre légal solide pour protéger la presse, des aides matérielles comme des émetteurs et groupes électrogènes, ainsi que des formations sur la vérification des informations et l’usage des réseaux sociaux. Ces mesures permettraient de préparer l’avenir de la radio face à la montée des médias numériques.
En conclusion, Victoire Mbuto et Mubupa Abdallah Kit appellent à soutenir les journalistes : « Courage, journalistes : informer n’est pas un crime. » La Journée mondiale de la radio devient ainsi un moment de reconnaissance de ce média vital, capable de relier les communautés même dans les zones les plus isolées.
Emmanuel kasereka Bin Vikingi


