
La jeunesse congolaise doit être considérée comme une richesse nationale à valoriser plutôt que comme une charge à supporter. C’est le message défendu par Élie Kambale Musavuli Vaghumawa, député élu du territoire de Beni, au Nord-Kivu, lors d’une intervention à la tribune de l’Assemblée nationale consacrée à sa proposition de loi sur la réforme de l’armée et l’instauration du service militaire obligatoire. Au-delà des enjeux de défense nationale, l’élu a placé l’emploi des jeunes au cœur de son plaidoyer, appelant le gouvernement à faire de la jeunesse un véritable moteur de développement économique et social.
« Notre jeunesse n’est pas un problème, c’est une richesse » : cette conviction résume la vision du député, qui invite les autorités à changer de perspective face au potentiel démographique de la République démocratique du Congo. Selon lui, le pays dispose d’une importante population jeune, un atout stratégique qui devrait être mobilisé au service de la croissance et de l’innovation. Pour illustrer cette réalité, il a évoqué la situation démographique de la France, où la proportion de personnes âgées est plus importante que celle des jeunes, contrairement à la RDC. Il a également rappelé une déclaration du chef de l’État lors de l’ouverture de la table ronde sur l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes à Kinshasa, présentant cette jeunesse comme une bénédiction pour le pays.
Pour Élie Kambale Vaghumawa, cette richesse démographique ne pourra toutefois produire des résultats concrets que si elle s’accompagne d’investissements conséquents dans la formation, l’entrepreneuriat et la création d’emplois. L’élu estime que l’action publique ne doit pas se limiter à encadrer les jeunes, mais doit surtout leur offrir des perspectives économiques durables. Sa proposition de loi relative à la défense, qui évoque une « réserve de héros potentiels », peut ainsi être envisagée, selon son plaidoyer, au-delà de sa dimension militaire : cette réserve représente également un potentiel d’entrepreneurs, d’agriculteurs, d’innovateurs et d’acteurs du développement national. « Le Congo a une réserve de héros potentiels. Mais un héros qui chôme, un héros qui n’a pas d’emploi, devient vulnérable », a-t-il averti.
L’un des principaux obstacles soulevés par le député concerne la pression fiscale qui pèse sur les jeunes entrepreneurs, particulièrement à Beni. Selon les préoccupations relayées dans son intervention, la multiplication des taxes et prélèvements — communaux, provinciaux et nationaux — ainsi que les contributions liées aux services publics, à la sécurité sociale, à la formation professionnelle, à l’environnement et à l’hygiène compliquent la création et le développement de petites activités économiques. À ces contraintes s’ajoutent les tracasseries dénoncées à certains points de contrôle. Pour les jeunes qui tentent de lancer une entreprise avec des moyens limités, ces charges peuvent constituer un frein majeur avant même que leurs activités ne deviennent rentables.
Face à cette situation, Vaghumawa appelle le gouvernement à mettre en place une politique plus favorable à l’initiative économique des jeunes. Parmi les mesures qu’il préconise figurent l’allègement de la fiscalité applicable aux jeunes entreprises, la création d’un guichet unique destiné aux jeunes entrepreneurs et la concrétisation du Fonds de garantie pour l’entrepreneuriat des jeunes annoncé par le chef de l’État. L’objectif serait de simplifier les démarches administratives, de faciliter l’accès au financement et de permettre aux porteurs de projets de développer leurs activités dans un environnement économique moins contraignant.
À Beni, où une partie de la jeunesse fait face simultanément à l’insécurité liée aux activités des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) et au manque d’opportunités professionnelles, cette interpellation met en lumière les liens entre emploi, stabilité sociale et développement local. La création d’activités génératrices de revenus pourrait offrir aux jeunes des perspectives plus solides, tout en renforçant leur participation à la vie économique de leur communauté. Toutefois, la concrétisation de ces ambitions dépendra de mesures publiques effectives, d’un accès réel aux financements et d’un environnement favorable aux petites et moyennes entreprises.
Au-delà des déclarations politiques, le plaidoyer du député pose ainsi la question de la traduction des engagements publics en résultats mesurables. Les jeunes Congolais attendent des emplois décents, des mécanismes de financement accessibles, une simplification des procédures administratives et une fiscalité compatible avec leurs capacités financières. Pour Élie Kambale Musavuli Vaghumawa, investir dans la jeunesse revient à investir dans l’avenir de la nation. Reste désormais au gouvernement à transformer cette ambition en actions concrètes, afin que le potentiel démographique de la RDC devienne une véritable richesse économique et sociale.
La Reine Aminata Kitambala