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Vitshumbi : les « maturu », une tradition alimentaire du lac Édouard à l’épreuve de la raréfaction du poisson

À Vitshumbi, dans le territoire de Rutshuru, il suffit parfois d’une omelette pour raconter l’évolution d’un mode de vie. Les « maturu », œufs de poissons notamment issus du Bagrus, du Clarias et du tilapia, sont soigneusement malaxés avant d’être préparés. Longtemps présents dans les cuisines des familles de pêcheurs, ils constituent à la fois une ressource alimentaire et une pratique culinaire héritée des communautés riveraines du lac Édouard.

Autrefois, les maturu s’inscrivaient naturellement dans les échanges du quotidien. Un pêcheur pouvait aider son voisin à arranger sa prise et recevoir, en retour, un bassin de maturu. Le produit était également servi aux visiteurs, dans une tradition où l’alimentation se mêlait au partage et à l’hospitalité. Ce mode de consommation témoignait ainsi d’un rapport étroit entre la pêche, la vie sociale et les habitudes alimentaires locales.

Mais cette disponibilité appartient de plus en plus au passé. À Vitshumbi, les maturu de Bagrus se raréfient, tandis que ceux de tilapia deviennent particulièrement difficiles à trouver. Le phénomène dépasse les seuls œufs de poisson. D’autres préparations traditionnellement consommées dans la région, notamment les Karanda et les Birimi, connaissent elles aussi une disponibilité de plus en plus limitée.

Derrière cette évolution se profile une transformation plus profonde des habitudes alimentaires. Lorsque les produits issus de la pêche deviennent moins accessibles, des plats autrefois ordinaires quittent progressivement les tables familiales. Certains ne sont plus consommés qu’à l’occasion, tandis que d’autres deviennent difficiles à obtenir. La raréfaction des ressources halieutiques commence ainsi à toucher une dimension moins visible de la vie locale : le patrimoine culinaire.

Pour les communautés qui vivent de la pêche, les conséquences ne se limitent donc pas aux revenus tirés du lac Édouard. La diminution de certaines espèces modifie également les pratiques alimentaires construites autour d’elles. Chaque produit devenu rare emporte avec lui une partie des habitudes, des savoir-faire et des formes de transmission qui accompagnaient sa préparation et sa consommation.

Cette situation soulève une autre question : comment transmettre aux générations futures des pratiques culinaires dont les matières premières deviennent elles-mêmes difficiles à trouver ? À Vitshumbi, la préservation de ce patrimoine alimentaire apparaît désormais étroitement liée à la disponibilité des ressources du lac et à l’évolution de la production halieutique. La mémoire culinaire demeure, mais sa pratique quotidienne pourrait progressivement s’effacer si les produits qui la nourrissent continuent de se raréfier.

Cette réalité est mise en lumière par Victoire Mbuto, jeune journaliste qui mène un travail d’enquête sur cette matière au sein des communautés riveraines du lac Édouard. Beroyafm.net, qui s’est ressourcé de ce travail de terrain, restitue ainsi une dimension particulière des mutations observées à Vitshumbi : derrière les « maturu » se trouvent une histoire de pêche, des pratiques de solidarité et tout un héritage alimentaire. Une question demeure dès lors posée aux habitants et aux visiteurs de la région : avez-vous déjà goûté aux maturu à Vitshumbi ou dans une autre communauté riveraine du lac Édouard ?

Emmanuel Kasereka bin Vikingi

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