
La région de Beni fait face à des défis sécuritaires majeurs, une autre menace, plus insidieuse, ronge la société de l’intérieur. L’élu national Carly Nzanzu Kasivitha qualifie la consommation abusive d’alcool et de stupéfiants d’armée silencieuse. Un cri d’alarme qui résonne au sein d’une population désemparée.
Une guerre sans fusils, mais aux conséquences mortelles
À Bulongo et dans le secteur Ruwenzori, le constat est sans appel. Derrière les étals des marchés et dans les recoins des quartiers, la jeunesse s’efface peu à peu, noyée dans des boissons fortement alcoolisées et des mélanges artisanaux dangereux. Pour l’élu national Carly Nzanzu Kasivitha, il ne s’agit pas d’un simple fait divers, mais d’une véritable agression contre l’avenir du pays. « Loin des affrontements armés, l’alcool et la drogue constituent une autre forme de guerre, une armée silencieuse qui anéantit la jeunesse congolaise « , a-t-il déclaré lors de son passage dans la région.
Le fléau touche désormais le cœur de l’économie locale. Dans un territoire qui a besoin de bras pour se reconstruire, les acteurs communautaires tirent la sonnette d’alarme : trouver de la main-d’œuvre jeune et sobre devient un défi quotidien. L’ivrognerie ne détruit pas seulement la santé, elle paralyse la productivité. La prolifération de produits douteux mélanges d’alcool, de noix de cola ou de gingembre, vantés par une publicité agressive attire une jeunesse en quête d’évasion, mais qui finit par tomber dans une dépendance irréversible.
Une affaire de conscience collective
Face à ce que certains habitants qualifient de » catastrophe » la question des solutions est sur toutes les lèvres. Si la vente libre dans les boutiques rend la répression difficile, la réponse semble se trouver dans le tissu social :
Le rôle des parents : Le témoignage d’un habitant souligne l’importance de l’autorité familiale : « Si je ne bois pas, c’est parce que mon père me l’a interdit. » L’éducation à la maison reste le premier rempart.
L’implication des structures sociales : Églises, associations et écoles doivent devenir des centres de sensibilisation permanente.
La responsabilité de l’État : Un appel est lancé au gouvernement pour réguler la commercialisation de ces produits toxiques qui inondent le marché local, parfois importés dans le but délibéré de fragiliser la population
La lutte contre cette armée silencieuse n’est pas le combat d’un seul homme, mais celui de toute une nation. Si la prise de conscience n’est pas immédiate et collective, le territoire de Beni risque de perdre sa ressource la plus précieuse : sa force vive. Comme l’a rappelé un participant aux échanges : C’est une guerre contre nous ; si nous ne comprenons pas, nous allons comprendre trop tard.
Nzangura Kwavingiston