
Alors que le virus touche 6 provinces et fait plus de 2.000 morts, la riposte intègre désormais la recherche de vaccins et le soutien aux prestataires.
Trois mois après la déclaration de l’épidémie de Maladie à Virus Ebola le 15 mai 2026 dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le Gouvernement a décidé de revoir en profondeur sa stratégie de riposte. La Première Ministre, Cheffe du Gouvernement, Judith Suminwa Tuluka, a présidé le 17 août une réunion technique d’évaluation. L’objectif était clair : adapter les moyens à une épidémie qui continue de progresser plus vite que la réponse.
Selon les derniers chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé arrêtés au 30 juillet, la souche Bundibugyo a déjà infecté 3.748 personnes et causé 1.587 décès, soit un taux de létalité de 44%. Le cap symbolique des 2.000 morts a été franchi il y a une semaine. En moins de trois mois, cette flambée est devenue la deuxième la plus meurtrière de l’histoire du pays et la plus rapide jamais enregistrée. Le virus s’est propagé dans six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo, Haut-Uele et Bas-Uele. L’Ituri demeure l’épicentre avec près de 90% des cas recensés. La situation est d’autant plus préoccupante que des cas ont été signalés dans des sites de déplacés, où la promiscuité et le manque d’eau compliquent la prévention.
Face à cette accélération, le Gouvernement a arrêté trois priorités. Sur le plan médical, il a validé le lancement de recherches sur deux vaccins spécifiquement ciblés contre la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe encore aucun vaccin homologué. Le recours à des antiviraux est également envisagé, en complément des mesures classiques de santé publique. Sur le plan social, un barème de prise en charge salariale des prestataires engagés dans la riposte a été validé afin de soutenir les équipes sur le terrain. Enfin, sur le plan de la communication, l’exécutif a décidé de renforcer la sensibilisation pour faire face à l’infodémie qui freine le dépistage précoce et les enterrements sécurisés. La surveillance épidémiologique reste par ailleurs maintenue à un haut niveau, y compris aux abords de Kinshasa où aucun cas n’a été enregistré à ce jour.
C’est d’ailleurs à Kinshasa que les équipes de riposte ont été mises à l’épreuve ce 18 août. Une alerte concernant un cas suspect de MVE signalé à Lemba a été prise au sérieux et immédiatement investiguée par la DPS Kinshasa et le COUSP. Après analyse, l’alerte a été invalidée et aucun lien épidémiologique avec la flambée de l’Est n’a été établi. Loin d’être inutile, cette intervention a permis de renforcer les capacités des Cliniques Universitaires de Kinshasa en matière de triage, de notification précoce et de prévention et contrôle des infections.
Pour les autorités, le message est simple : « Une alerte investiguée est une menace mieux maîtrisée ». Alors que l’Est se bat contre ce que l’ONU qualifie déjà de riposte débordée, Kinshasa et le Gouvernement misent désormais sur la recherche, la motivation du personnel et la vigilance de tous pour tenter d’inverser la courbe.
La Reine Aminata Kitambala