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RDC : l’assainissement militarisé à Kinshasa ravive les inquiétudes sur la sécurité en Ituri

Entre mobilisation militaire pour la salubrité dans la capitale et persistance des violences dans l’Est, certains analystes vivant en Ituri s’interrogent sur les priorités sécuritaires de l’État.

L’ordonnance présidentielle du 25 juin 2026 portant création d’une Task Force présidentielle chargée de l’assainissement, confiée au Service national du général Kasongo Kabwik, est perçue à Kinshasa comme une mesure visant à renforcer la salubrité urbaine. La mobilisation de plus de 4 000 bâtisseurs du Service national, encadrés par des militaires, pour ramasser les déchets, curer les caniveaux et lutter contre certaines occupations anarchiques de l’espace public traduit la volonté des autorités de répondre avec fermeté aux problèmes d’insalubrité dans la capitale.

Mais à Bunia et dans plusieurs territoires de l’Ituri, cette initiative suscite une tout autre lecture. Certains analystes vivant dans cette province estiment qu’elle met en lumière un contraste difficile à comprendre pour des populations confrontées depuis des années à l’insécurité. À Irumu, Djugu ou encore Mambasa, expliquent-ils, l’un des arguments régulièrement avancés face aux violences demeure l’insuffisance des effectifs des FARDC pour assurer une présence sécuritaire sur l’ensemble du territoire. Dès lors, la capacité de l’État à mobiliser plusieurs milliers d’hommes pour une mission d’assainissement à Kinshasa soulève des interrogations sur la répartition des moyens humains et opérationnels.

Pour ces analystes, le problème ne réside pas dans la nécessité d’assainir Kinshasa, mais dans la perception d’une hiérarchisation des urgences nationales. Alors que des familles de l’Est continuent de vivre dans la crainte des attaques et des tueries attribuées à des groupes armés, l’insuffisance présumée des forces disponibles est souvent invoquée pour expliquer les difficultés de sécurisation des zones affectées. Le contraste entre ces deux réalités nourrit ainsi un sentiment d’abandon chez certaines communautés de l’Ituri, pour lesquelles la première urgence reste la protection des vies et des biens.

Cette situation interpelle également le discours national appelant les jeunes Congolais à rejoindre les FARDC. Selon les mêmes analystes, de nombreux jeunes sont encouragés à se former militairement afin de servir sous le drapeau et de défendre l’intégrité du territoire national. Mais face à la persistance de l’insécurité dans l’Est, certains s’interrogent sur la cohérence entre cette mobilisation pour renforcer l’armée et l’utilisation d’hommes encadrés par des militaires dans des missions relevant principalement de l’assainissement urbain. La question posée est alors directe : comment convaincre durablement les jeunes de s’engager pour la défense de la patrie si les besoins sécuritaires demeurent insuffisamment couverts dans les zones les plus exposées

Au-delà de la question militaire, les analystes attirent également l’attention sur la vulnérabilité des lieux symboliques et des biens communautaires. Ils citent notamment le cas du cimetière de Kingove, à Kasenyi, récemment présenté comme ayant été profané et menacé de spoliation. Pour eux, cette situation illustre une crise qui dépasse les seules statistiques sécuritaires : lorsque même les lieux de repos des morts ne sont plus suffisamment protégés, c’est la notion même de sécurité collective qui se trouve fragilisée.

L’enjeu, selon cette lecture, n’est donc pas d’opposer Kinshasa à l’Est ni de contester la nécessité de rendre la capitale plus propre. Il s’agit plutôt de questionner la cohérence des priorités publiques dans un pays confronté simultanément à des défis sociaux, urbains et sécuritaires majeurs. Les analystes estiment qu’une politique nationale efficace devrait pouvoir répondre à l’insalubrité de Kinshasa tout en garantissant des moyens suffisants pour protéger les populations de l’Ituri et des autres régions touchées par les violences.

Pour ces voix de l’Est, l’assainissement peut mobiliser des moyens exceptionnels, mais la sécurité des citoyens doit rester une priorité nationale non négociable. Car militariser l’assainissement à l’Ouest tout en donnant le sentiment de banaliser l’insécurité à l’Est risque d’alimenter un profond sentiment de deux poids, deux mesures, avec des conséquences sur la confiance des populations envers l’État et sur le sentiment d’unité nationale.

La Reine Aminata Kitambala

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