
À l’approche de chaque rentrée scolaire en République démocratique du Congo, les mouvements de grève des enseignants réapparaissent, révélant, selon la Dynamique « Sauvons le secteur de l’Éducation », un malaise structurel qui nécessite des solutions durables plutôt que des mesures ponctuelles.
Dans une déclaration, cette structure regroupant des enseignants et d’autres acteurs du secteur éducatif appelle le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à réunir autour d’une même table les ministères de l’Éducation, du Budget et des Finances afin d’engager un dialogue institutionnel sur la crise salariale et les conditions de travail des enseignants.
La Dynamique estime que la récurrence des revendications salariales impose une politique durable d’amélioration des conditions de vie et de travail. Elle demande notamment l’examen de la possibilité de porter la rémunération des enseignants à 500 dollars américains, pour l’ensemble des catégories concernées, notamment les enseignants NP et NU, dans le cadre d’un dialogue transparent avec leurs représentants.
L’organisation dénonce également certaines pratiques qu’elle considère comme susceptibles d’affaiblir l’action syndicale et plaide pour que les négociations avec les représentants des enseignants soient conduites dans la transparence et le respect du dialogue social. Selon elle, traiter les revendications à leur source permettrait d’éviter que chaque rentrée scolaire soit systématiquement marquée par des tensions.
Au-delà des salaires, la formation continue des enseignants constitue une autre priorité. La Dynamique affirme que la dernière grande formation nationale remonterait à 2012-2013 et appelle, si cette information est confirmée, à renforcer les programmes de perfectionnement à travers des ateliers, séminaires et sessions de mise à niveau adaptés à l’évolution des exigences pédagogiques et sociales.
La structure exprime par ailleurs des réserves sur certaines orientations attribuées au ministère de l’Éducation, notamment concernant la poursuite de la scolarité des filles enceintes ainsi que la professionnalisation et la formation universitaire des enseignants du primaire. Elle estime que ces questions doivent s’inscrire dans une stratégie éducative globale, soutenue par des moyens suffisants et un véritable programme de renforcement des capacités.
La situation des enseignants portant la mention « R » sur les listings de paie figure également parmi les préoccupations soulevées. La Dynamique affirme que certains arrivent en fin de carrière sans bénéficier effectivement de leurs droits à la retraite, malgré les retenues salariales opérées durant leur parcours professionnel. Elle demande donc une clarification et un traitement institutionnel de ce dossier afin de garantir les prestations auxquelles ces enseignants ont droit.
Pour la Dynamique « Sauvons le secteur de l’Éducation », il ne peut y avoir de développement durable sans un système éducatif solide et des enseignants bénéficiant de conditions de vie et de travail décentes. Elle estime qu’un enseignant correctement considéré est davantage en mesure de consacrer ses compétences à la formation des générations futures.
À travers ce plaidoyer, la structure appelle ainsi le Gouvernement à dépasser la gestion cyclique des crises scolaires et à engager une réforme de fond portant sur les salaires, la formation continue, la carrière, la retraite et les conditions générales de travail. Pour elle, l’objectif ne doit pas seulement être d’assurer une rentrée sans grève, mais de créer un climat social durablement apaisé et favorable à l’apprentissage, car « sauver le secteur de l’Éducation », c’est investir dans l’enseignant aujourd’hui pour protéger l’avenir de la nation.
Kaleru Samuel, Butembo