
Douze ans après sa mort, le souvenir du général-major Lucien Bahuma Ambamba demeure profondément ancré dans la mémoire collective au Nord-Kivu. Ancien commandant de la 8ᵉ région militaire des FARDC, cet officier supérieur avait marqué son passage dans la province par son implication dans plusieurs opérations contre les groupes armés, notamment le CNDP, le M23 et les ADF.
Le général-major Lucien Bahuma Ambamba est décédé le 30 août 2014 à Pretoria, en Afrique du Sud, à l’âge de 57 ans, des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC). L’annonce de sa disparition avait été faite le lendemain, dimanche 31 août 2014, par le porte-parole des FARDC de l’époque, le général Léon Kasonga, sur les antennes de Radio Okapi.
Un malaise lors d’une rencontre sécuritaire en Ouganda
Quelques jours avant sa mort, le général Bahuma se trouvait à Kasese, en Ouganda, où il participait à une rencontre avec son homologue ougandais dans le cadre des consultations périodiques mixtes consacrées à l’évaluation de la situation sécuritaire le long de la frontière entre la RDC et l’Ouganda.
C’est au cours de cette mission, le jeudi 28 août 2014 vers 20 h 30, heure locale, qu’il avait été victime d’un malaise attribué à un AVC. Il avait ensuite été évacué vers Pretoria, en Afrique du Sud, pour recevoir des soins médicaux. Malgré cette prise en charge, il est décédé le samedi 30 août 2014.
Sa disparition avait provoqué une vive émotion dans plusieurs villes du Nord-Kivu. À Goma, des étudiants avaient même organisé une marche pour réclamer l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de sa mort, tandis que certaines organisations de défense des droits de l’homme avaient demandé une autopsie. Ces réactions traduisaient les interrogations suscitées à l’époque par la disparition brutale de cet officier supérieur.
Un officier au cœur des grandes opérations militaires du Nord-Kivu
Lucien Bahuma était considéré comme l’une des figures militaires importantes des opérations menées par les FARDC dans l’Est de la RDC.
Nommé en juillet 2012 à la tête de la 8ᵉ région militaire, il avait auparavant commandé la 5ᵉ région militaire au Kasaï-Oriental. À la tête des forces congolaises au Nord-Kivu, il s’était retrouvé au cœur de plusieurs opérations visant les groupes armés qui déstabilisaient la province.
Son nom reste notamment associé aux opérations menées contre le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, mais aussi à la campagne militaire contre la rébellion du M23.
En 2013, il avait coordonné l’opération « Pomme verte », placée sous le commandement opérationnel du colonel Mamadou Ndala. Cette opération avait contribué à la défaite militaire du M23, mouvement issu notamment de l’ancien CNDP.
À Beni, il incarnait la lutte contre les ADF
Dans la région de Beni, le général Bahuma s’était également illustré dans la lutte contre les Forces démocratiques alliées (ADF).
Il était, jusqu’à sa disparition, le commandant chargé de l’opération « Sokola », lancée pour traquer et désarmer les combattants ADF actifs dans cette partie du Nord-Kivu. Son implication dans cette opération lui avait permis de gagner une certaine notoriété auprès d’une partie de la population de Beni, alors confrontée à l’activisme des groupes armés.
À travers ses déplacements sur le terrain et ses actions de sensibilisation auprès de la population, Bahuma était devenu une figure familière du dispositif sécuritaire dans la région de Beni.
Un parcours militaire marqué par plusieurs époques
Né le 26 juin 1957 à Yangambi, dans l’ancienne Province Orientale, Lucien Bahuma Ambamba avait intégré la dixième promotion de l’École de formation des officiers (EFO) de Kananga.
Il avait également suivi plusieurs formations militaires au sein de la Division spéciale présidentielle (DSP), sous le régime de Mobutu Sese Seko. Peu avant la chute de ce régime, il avait notamment exercé les fonctions de commandant du centre d’entraînement commando de Pambwa, dans le Nord-Ubangi.
Après cette période, il avait rejoint la branche armée du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, où il avait exercé des responsabilités de commandement. Son parcours l’avait ensuite conduit au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo.
Douze ans après, un souvenir toujours présent
Douze ans après sa disparition, le nom de Lucien Bahuma reste associé à une période importante de l’histoire militaire récente du Nord-Kivu.
Son passage à la tête de la 8ᵉ région militaire coïncide notamment avec la défaite du M23 en 2013 et le lancement des opérations contre les ADF dans la région de Beni. Après sa mort, le général de brigade Emmanuel Lombe lui avait succédé à la tête de la 8ᵉ région militaire.
Sa dépouille avait finalement été transférée à Kisangani, où il avait été inhumé après des hommages officiels. Quelques jours après son décès, il avait été élevé, à titre posthume, au grade de lieutenant-général.
Dans le Nord-Kivu, où les populations continuent de vivre au rythme des crises sécuritaires, le souvenir de cet officier demeure ainsi lié à une époque où les FARDC avaient remporté d’importants succès militaires contre le M23 et intensifié leurs opérations contre les ADF.
Douze ans après sa disparition, Lucien Bahuma Ambamba reste donc, pour une partie de la population du Nord-Kivu, l’une des figures militaires dont le nom demeure intimement lié à la défense de cette province.
Élie Mariboyi