
Le dialogue national voulu par le président Félix Tshisekedi entre désormais dans une phase où la question de son périmètre devient aussi importante que celle de son principe. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mardi 29 septembre 2026, le chef de la MONUSCO, James Swan, a salué l’initiative annoncée en août, tout en posant plusieurs conditions : un processus inclusif, une large participation, des facilitateurs bénéficiant de la confiance de toutes les parties prenantes et la préservation des libertés fondamentales ainsi que de l’espace civique.
Pour James Swan, ce dialogue doit permettre aux acteurs congolais de « surmonter leurs divergences politiques » et de répondre aux priorités nationales les plus urgentes. L’émissaire onusien établit également un lien entre ce processus interne et les différentes initiatives de paix conduites notamment par Washington, Doha et l’Union africaine pour contribuer au règlement de la crise dans l’Est de la RDC. L’accent mis par l’ONU porte ainsi sur la nécessité de créer un cadre politique suffisamment ouvert pour favoriser la recherche d’un consensus.
Six jours auparavant, le 23 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa avait toutefois présenté une conception plus encadrée du dialogue voulu par Kinshasa. Elle avait affirmé que celui-ci ne devait « ni contourner les institutions, ni organiser un partage du pouvoir », tout en rejetant l’idée qu’un dialogue intérieur puisse transformer une agression extérieure en simple différend domestique. Elle avait également précisé que le processus devait concerner les forces politiques et sociales attachées à la République, à la Constitution, à l’intégrité territoriale et au rejet de la violence.
Cette différence de formulation place désormais la question de l’inclusivité au centre du débat. Si le gouvernement entend réunir les acteurs partageant certains principes fondamentaux, tandis que l’ONU insiste sur une participation suffisamment large pour permettre aux divergences de s’exprimer, les critères d’accès au dialogue deviennent déterminants. Qui seront les acteurs invités autour de la table ? Quelles garanties seront accordées à ceux qui contestent certaines orientations du pouvoir ? Et selon quels mécanismes les facilitateurs seront-ils désignés pour être effectivement acceptés par les différentes parties ?
Deux conceptions du dialogue semblent ainsi se dessiner. La première, défendue par Kinshasa, présente le processus comme un instrument de cohésion nationale destiné à consolider les institutions, renforcer l’unité du pays et rechercher des solutions aux difficultés internes sans ouvrir une nouvelle négociation sur le partage du pouvoir. La seconde, mise en avant par James Swan, insiste davantage sur la capacité du dialogue à réunir des acteurs aux positions divergentes afin de rechercher un compromis. Dans cette perspective, la possibilité de parler librement, y compris pour les voix critiques, devient une composante essentielle du processus.
La question de l’Est ajoute une dimension supplémentaire à cette équation. Judith Suminwa a insisté sur la nécessité de ne pas confondre l’agression extérieure avec les problèmes politiques internes. James Swan, pour sa part, relie la réussite des efforts de paix à la préservation de l’espace civique, aux libertés fondamentales et à la tolérance politique. Ces deux approches ne nient pas la nécessité de traiter les fragilités internes de la RDC, mais elles mettent l’accent sur des dimensions différentes : la souveraineté et la cohésion d’un côté, l’ouverture politique et la participation de l’autre.
Au-delà des déclarations officielles, l’enjeu du dialogue national réside donc dans ses règles du jeu : qui sera autour de la table, avec quelles garanties, sous quelle facilitation et avec quelle possibilité réelle d’aborder les divergences nationales ? Entre la cohésion recherchée par Kinshasa et l’inclusivité réclamée par l’ONU, la portée du processus dépendra moins de son appellation que de sa capacité à créer un espace de discussion crédible entre des acteurs qui ne partagent pas nécessairement la même lecture de la crise congolaise et de son avenir.
La Reine Aminata Kitambala