
En mission au Nord-Kivu, Jean-Baptiste Ndeze Katurebe veut assainir la gestion des chefferies et groupements. Objectif : finaliser les dossiers en souffrance, écouter les doléances et bâtir une base de données nationale des entités coutumières. À Beni, territoire miné par les tensions foncières et identitaires, l’enjeu est aussi sécuritaire.
C’est sous haute surveillance qu’a atterri, ce vendredi 17 avril 2026 à l’aéroport de Mavivi, le vice-ministre des Affaires coutumières, Jean-Baptiste Ndeze Katurebe. Une arrivée discrète, mais hautement politique dans une région où la question coutumière se mêle étroitement aux conflits armés, aux déplacements de population et à la gestion des ressources.
Face à la presse locale, le membre du gouvernement a donné le ton de sa visite : « Ma présence au Nord-Kivu s’inscrit dans une démarche de finalisation et de régularisation des dossiers coutumiers, souvent à la base de tensions communautaires. »
Le territoire de Beni compte plusieurs chefferies et secteurs où les limites territoriales, les successions contestées et la superposition des pouvoirs administratifs et traditionnels alimentent des différends depuis des années. Des conflits qui, dans un contexte d’insécurité chronique marquée par les ADF et d’autres groupes armés, dégénèrent parfois en violences ouvertes.
Régulariser les dossiers, c’est donc, selon le vice-ministre, « couper l’herbe sous le pied » de ceux qui instrumentalisent le flou administratif à des fins politiques ou foncières. La démarche consiste à vérifier les arrêtés de reconnaissance, à trancher les cas de dédoublement de pouvoir et à clarifier les entités en attente de statut.
L’étape de Beni n’est pas isolée. Jean-Baptiste Ndeze Katurebe a précisé qu’elle s’inscrit dans une série de déplacements à travers les 26 provinces. L’ambition du ministère : collecter les doléances des chefs coutumiers, recouper les archives et consolider une base de données nationale des affaires coutumières.
Un outil que le gouvernement présente comme indispensable pour la planification, la prévention des conflits et la réforme de l’administration du territoire. « On ne peut pas gérer ce qu’on ne connaît pas », résume un proche du vice-ministre. Aujourd’hui, aucun fichier centralisé, fiable et actualisé ne recense l’ensemble des entités coutumières reconnues, en litige ou en attente de reconnaissance.
À Beni, les chefs coutumiers rencontrés en coulisse disent attendre trois choses : la fin des interférences politiques dans les successions, la sécurisation des zones sous leur juridiction et la clarification des limites avec les aires protégées et les concessions minières. Des sujets sensibles, qui dépassent le seul ministère des Affaires coutumières et touchent à la Défense, aux Mines et à l’Environnement.
Reste l’étape la plus difficile : faire appliquer les arbitrages. Dans plusieurs territoires du pays, des arrêtés ministériels sont contestés dès leur signature, faute de concertation préalable ou de moyens pour les faire respecter sur le terrain. Le vice-ministre promet cette fois une approche « inclusive », avec audition des parties et validation au niveau provincial avant transmission à Kinshasa.
Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour la publication des conclusions. Mais à Beni, où chaque centimètre de terre peut devenir un prétexte à l’embrasement, la population espère que cette mission ne se limitera pas à une collecte de données.
En attendant, Jean-Baptiste Ndeze Katurebe poursuit ses consultations avec les autorités politico-administratives et les chambres des chefs coutumiers du Grand Nord. Prochaine étape annoncée : l’Ituri.
Romulus Nzalumbo