
Lundi 23 février 2026, un silence inhabituel a régné dans les établissements scolaires du secteur de Bapere, en territoire de Lubero (Nord-Kivu). Les 34 écoles de la zone sont restées désertes, sans élèves ni enseignants, seules quelques présences administratives ayant été signalées. Cette paralysie illustre l’ampleur de la crise sécuritaire qui frappe la région.
Depuis plusieurs mois, les attaques répétées attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) sèment la peur parmi les habitants. Les incursions armées, souvent imprévisibles, ont poussé de nombreux parents à garder leurs enfants à la maison, redoutant de nouvelles violences. L’école, jadis lieu de savoir et de protection, est désormais perçue comme un espace vulnérable.
Selon Pekeyake Masoni, coordonnateur de la synergie de la société civile locale, les cours sont suspendus depuis le 28 octobre 2025 dans cette partie de la sous-division de Njiapanda. Il souligne que la persistance de l’insécurité menace sérieusement l’année scolaire, risquant de compromettre l’avenir de centaines d’élèves. Les acteurs communautaires appellent à une action urgente pour éviter une génération sacrifiée.
La société civile plaide pour un dialogue franc entre autorités locales et parents d’élèves. L’objectif serait de définir des conditions minimales de sécurité permettant une reprise progressive des cours. Une telle concertation pourrait restaurer la confiance et encourager les familles à renvoyer leurs enfants à l’école, si une accalmie venait à s’installer.
La situation n’est pas isolée. À Byambwe, dans la chefferie de Baswagha, les établissements scolaires sont fermés depuis l’attaque du 14 novembre 2025. Là aussi, les salles de classe sont vides, les pupitres abandonnés, et les enseignants contraints à l’inactivité. Le traumatisme des populations reste vif, accentuant le sentiment d’abandon.
En revanche, dans les localités de Njiapanda et Maiba, les cours se poursuivent timidement. Les enseignants tentent de maintenir une certaine régularité, mais le climat est marqué par la peur. Les élèves, souvent en nombre réduit, étudient dans une atmosphère tendue, guettant le moindre signe d’alerte. Cette résilience témoigne de la volonté de préserver l’éducation malgré l’adversité.
Les conséquences de cette crise dépassent le cadre scolaire. L’interruption prolongée des cours fragilise le tissu social et accentue la vulnérabilité des jeunes face aux dérives, notamment le recrutement forcé par des groupes armés. L’école, en tant que pilier de stabilité et d’avenir, se retrouve menacée, ce qui inquiète profondément les leaders communautaires.
Face à cette urgence, les acteurs locaux exhortent les autorités provinciales et nationales à renforcer la présence sécuritaire dans les zones affectées. Ils insistent sur la nécessité d’une stratégie globale qui combine protection militaire, accompagnement psychosocial et soutien pédagogique. Sans une réponse coordonnée, la crise éducative risque de s’aggraver.
Le secteur de Bapere illustre ainsi le paradoxe vécu par de nombreuses communautés du Nord-Kivu : une jeunesse avide de savoir, mais prisonnière d’un contexte d’insécurité chronique. La reprise des cours dépendra de la capacité des autorités à instaurer un climat de confiance et de sécurité durable. En attendant, les pupitres restent vides, et l’avenir scolaire de milliers d’enfants demeure suspendu.
obady Madirisha