
Goma, Nord-Kivu — Face à la prolifération alarmante des enfants en situation de rue (ESR) dans la ville de Goma, un jeune chercheur en Droit tire la sonnette d’alarme. Dans son mémoire de licence soutenu à l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL/Goma), Akam Katavali, défenseur des droits de l’enfant, dénonce l’inaction de l’État congolais dans l’application de l’article 62 de la Loi sur la protection de l’enfant.
Intitulé « Essai d’analyse de l’article 62 de la loi portant protection de l’enfant : cas des enfants en situation de rue en ville de Goma », son travail révèle une quasi-inapplication du cadre juridique censé garantir une protection spéciale à ces enfants vulnérables. En résulte une situation dramatique : des centaines de mineurs laissés à eux-mêmes, exposés à la violence, à l’exploitation, à la toxicomanie et à la criminalité.
Une protection transférée de facto aux ONG
L’étude met en lumière un profond décalage entre le cadre légal existant et la réalité sur le terrain. Dans les faits, l’État a délégué — sans mécanisme de contrôle ou de coordination — la prise en charge des ESR aux ONG et aux organisations de la société civile. Ces dernières, bien qu’actives et engagées, opèrent souvent en marge du dispositif judiciaire prévu par la loi et avec des ressources largement insuffisantes.
Un État absent et des structures dysfonctionnelles
Selon Akam Katavali, cette situation trouve son origine dans le manque de volonté politique, l’insuffisance de financement, le défaut de coordination interinstitutionnelle et l’inexistence opérationnelle d’organes clés, comme le Conseil National de l’Enfant. Les structures étatiques de protection de l’enfance à Goma sont inopérantes ou largement débordées, incapables de répondre aux besoins croissants générés par les conflits et les catastrophes qui affectent la région.
Une bombe sociale en gestation
Au-delà du drame humanitaire, le chercheur met en garde contre les implications sécuritaires de cette négligence. Les enfants des rues deviennent une cible facile pour les groupes armés, les réseaux criminels ou les trafiquants. Leur abandon représente non seulement une violation des droits fondamentaux de l’enfant, mais également une menace directe pour la stabilité du Nord-Kivu et l’avenir de la République Démocratique du Congo.
Des recommandations pour une action urgente
Akam Katavali appelle à une réponse structurée et urgente de l’État. Il recommande :
L’opérationnalisation effective de l’article 62 de la Loi sur la protection de l’enfant ;
Le financement et le renforcement des structures existantes ;
La création d’un ministère ou d’une institution spécialisée dans la protection de l’enfance ;
La formation et la dotation en moyens des services sociaux et judiciaires.
Son mémoire est un plaidoyer fort en faveur d’un retour de l’État dans son rôle régalien, avec pour mot d’ordre : « passer des textes à l’action ».
> « Étant donné que la protection de l’enfant a un impact direct sur l’avenir de la nation, l’État doit choisir : préparer les futurs cadres du pays ou préparer ses futurs déstabilisateurs », conclut Akam Katavali.
La rédaction