
Près de neuf semaines après son échouage et son inhumation précipitée, la baleine à bosse retrouvée sur le littoral de Muanda, dans la province du Kongo-Central, va être déterrée. Les autorités congolaises souhaitent désormais soumettre ses restes à des analyses scientifiques afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort, tout en envisageant de faire du site un futur espace touristique.
Le 2 juillet 2026, une baleine à bosse d’environ sept mètres de long, pesant entre sept et huit tonnes, avait été découverte en détresse sur la côte de Muanda. Pendant près de 48 heures, des agents de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), des autorités locales et des volontaires avaient tenté de la sauver. Faute de moyens techniques adaptés, les opérations de secours n’avaient toutefois pas permis de maintenir l’animal en vie. Sa mort avait suscité une vive attention, notamment en raison du caractère exceptionnel de la présence de ce mammifère marin dans une RDC qui ne dispose que d’environ 40 kilomètres de façade maritime.
Après la mort de l’animal, l’ICCN avait interdit à la population de toucher à la carcasse ou d’en consommer la viande, par mesure de précaution. Face au risque sanitaire lié à la décomposition d’une masse biologique de plusieurs tonnes exposée à l’air libre, les autorités avaient finalement opté pour son enfouissement. Une grue de 42 tonnes avait été acheminée depuis Matadi pour permettre l’opération, précédée d’une cérémonie coutumière. Mais l’inhumation avait été réalisée sans prélèvement d’échantillons ni autopsie, privant ainsi les scientifiques d’éléments essentiels pour déterminer immédiatement les causes de la mort.
Cette absence d’analyse avait été reconnue par la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Marie Nyange Ndambo, lors d’un briefing de presse coanimé le 7 juillet à Kinshasa. Selon elle, la RDC ne comptait alors que deux spécialistes des baleines, tous deux en mission à l’étranger au moment de l’échouage. Faute d’experts disponibles, aucune étude scientifique n’avait donc pu être menée avant l’inhumation. Une situation d’autant plus préoccupante que le pays ne disposerait d’aucun squelette de baleine conservé dans ses musées. La ministre avait néanmoins assuré que les causes de cet événement seraient révélées « le moment venu ».
Ce moment semble désormais arrivé. Le gouvernement a annoncé la décision de déterrer la carcasse afin de permettre des investigations scientifiques sur ses restes. Ces analyses devraient notamment contribuer à établir avec davantage de précision les circonstances de la mort de l’animal. Parmi les hypothèses évoquées figurent une éventuelle maladie ou pathologie, une collision avec un navire dans une zone maritime particulièrement fréquentée en direction du port de Matadi, mais aussi une désorientation liée à la pollution sonore ou encore les effets du vieillissement. À ce stade, aucune de ces hypothèses n’est toutefois établie.
Au-delà de l’enjeu scientifique, les autorités entendent également donner une nouvelle dimension à cet événement. Le ministre du Tourisme, Didier Mazenga, a proposé de valoriser le site d’enfouissement en le transformant en attraction touristique. Le squelette de la baleine pourrait ainsi être conservé et présenté aux visiteurs, offrant à Muanda un patrimoine scientifique et touristique inédit. Une telle initiative permettrait de préserver la mémoire de cet échouage exceptionnel tout en sensibilisant le public à la biodiversité marine et à la nécessité de protéger les écosystèmes côtiers.
Enterrée dans l’urgence alors que la science n’avait pas encore pu établir les circonstances de sa disparition, la baleine de Muanda s’apprête donc à refaire surface. Son déterrement pourrait permettre de transformer une affaire marquée par l’improvisation en une occasion de recherche, de conservation et de valorisation du patrimoine naturel congolais. Reste désormais à savoir ce que ses restes révéleront sur les causes de sa mort et sur les menaces qui pèsent sur les grands mammifères marins fréquentant les eaux du Kongo-Central.
Aminata Kitambala