
À l’occasion de la Journée mondiale des lacs, célébrée ce 27 août, le lac Albert apparaît en Ituri comme bien plus qu’un patrimoine écologique. Dans une province durement frappée par l’insécurité, il constitue désormais une source vitale de revenus et d’alimentation pour des milliers de familles déplacées ou privées d’accès à leurs terres.
Ce 27 août, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale des lacs. En Ituri, cette commémoration prend une dimension particulière, tant les eaux du lac Albert sont devenues essentielles à la survie des populations riveraines. Seul grand lac officiellement recensé dans la province, le lac Albert s’étend sur environ 5 270 km², à cheval entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Depuis plusieurs années, la crise sécuritaire dans les territoires de Djugu, Mahagi et Irumu a profondément bouleversé le rapport des populations à cette ressource.

Cette reconversion massive exerce cependant une pression croissante sur l’écosystème du lac Albert. Le nombre de pêcheurs aurait fortement augmenté à Djugu depuis 2022, tandis que le lac représente aujourd’hui une source essentielle de subsistance pour la majorité des ménages riverains. Cette dépendance, alimentée par la perte des moyens traditionnels de production, risque de transformer progressivement une solution de survie en facteur supplémentaire de fragilisation des communautés.
Confrontés à la faim et à l’absence d’alternatives économiques, certains pêcheurs recourent à des pratiques destructrices, notamment l’utilisation de filets moustiquaires, la senne de plage et la pêche nocturne sans périodes suffisantes de repos biologique. Ces méthodes favorisent la capture des alevins et la destruction des zones de reproduction. À terme, elles menacent directement la capacité du lac à renouveler ses ressources halieutiques et à continuer de nourrir les populations qui en dépendent.
Les signes de raréfaction de certaines espèces sont déjà préoccupants. Le Capitaine, ou Lates niloticus, ainsi que le Ngassa seraient devenus plus difficiles à trouver, tandis que la production de Tilapia ne suffirait plus à répondre à la demande. Cette pression sur l’offre se répercute également sur les consommateurs : le prix du poisson aurait fortement augmenté sur certains marchés, notamment à Bunia, accentuant la vulnérabilité alimentaire des ménages.
Face à cette situation, la protection du lac Albert ne peut être dissociée de la question sécuritaire et humanitaire. L’accord conclu en 2022 entre la RDC et l’Ouganda pour renforcer la protection des lacs Albert et Édouard peine à produire les effets attendus sur le terrain, notamment en raison de l’insuffisance des patrouilles conjointes. Or, sans mécanismes efficaces de surveillance, de contrôle de la pêche et de protection des zones de reproduction, la pression risque de continuer à s’accroître.
En cette Journée mondiale des lacs, l’enjeu pour l’Ituri dépasse donc largement la préservation de l’environnement. Protéger le lac Albert, c’est aussi préserver le principal filet de sécurité de milliers de familles privées de leurs champs par la guerre. Mais cette dépendance impose également de restaurer la sécurité, d’encadrer les activités de pêche et de préserver durablement les ressources halieutiques. Car pour une population qui a déjà perdu l’accès à la terre, l’épuisement du lac signifierait la disparition de l’un de ses derniers moyens de survie.
La Reine Aminata Kitambala