
Face à la recrudescence des attaques attribuées aux ADF, les Wazalendo annoncent leur volonté d’appuyer les FARDC. À Babila-Babombi, la société civile redoute toutefois une aggravation de l’insécurité et appelle à une stricte coordination militaire.
La situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante dans le sud de l’Ituri, où les attaques attribuées aux combattants ADF/MTM-ISCAP se multiplient dans plusieurs zones de la chefferie de Babila-Babombi, en territoire de Mambasa. Dans ce contexte, les combattants d’autodéfense Wazalendo annoncent leur intention de se déployer également dans les territoires de Mambasa et d’Irumu, affirmant vouloir contribuer à la traque des groupes armés et répondre aux sollicitations des populations locales.
Selon John Mangaïko, porte-parole des Wazalendo dans la région, ce projet serait motivé par le déplacement présumé des ADF vers les forêts de l’Ituri sous la pression des opérations conjointes menées par les FARDC et l’UPDF au Nord-Kivu. Il affirme que les Wazalendo souhaitent principalement appuyer l’armée régulière dans les zones difficiles d’accès, notamment à Babila-Babombi, considérée comme l’un des principaux foyers actuels des violences.
Cette annonce intervient alors que le bilan des récentes attaques demeure lourd. La Nouvelle Société civile congolaise (NSCC) et l’APDEF rapportent qu’au moins 24 civils ont été tués entre le 21 et le 24 août sur l’axe Ngombari-Kalunga-Cicio, dans la chefferie de Babila-Babombi. À Biakato, une autre attaque survenue le 3 août aurait fait dix morts, tandis que 22 personnes avaient été tuées fin juillet dans les carrés miniers de Kikundo et Biango, selon les mêmes sources.
Malgré les opérations militaires en cours, la menace reste persistante. Le 7 janvier dernier, les FARDC et l’UPDF avaient annoncé le démantèlement d’un bastion des ADF à Matolo-Kaseni, à la limite entre Mambasa et Irumu. Les forces vives locales continuent néanmoins de réclamer l’installation de positions militaires à Elake, Leta et Sita Rudi afin de mieux protéger les populations et leurs activités agricoles.
À Babila-Babombi, cependant, l’éventuelle arrivée des Wazalendo suscite de fortes réserves. Plusieurs acteurs de la société civile et défenseurs des droits humains estiment qu’une multiplication des groupes armés dans une zone déjà militarisée pourrait davantage fragiliser la protection des civils. Certains évoquent même, avec prudence, la crainte de possibles complicités entre des groupes armés locaux et les ADF autour du contrôle des carrés miniers d’or. Des accusations fermement rejetées par John Mangaïko, qui assure que les Wazalendo n’entretiennent aucun lien avec l’ennemi et disent vouloir uniquement protéger les populations.
La présence de la 31e brigade des FARDC et de l’UPDF dans cette partie de l’Ituri renforce, selon les acteurs locaux, la nécessité de clarifier la chaîne de commandement et les responsabilités opérationnelles avant tout nouveau déploiement. Pour l’administration militaire, aucune autorisation officielle concernant l’arrivée des Wazalendo n’a, à ce stade, été confirmée. La stratégie sécuritaire demeure officiellement articulée autour de l’opération conjointe Shujaa menée par les FARDC et l’UPDF.
Dans le territoire d’Irumu, notamment le long de la RN4 entre Komanda et Luna, régulièrement exposée aux incursions des ADF, l’arrivée éventuelle des Wazalendo pourrait répondre à certains déficits sécuritaires, mais aussi créer de nouvelles tensions si elle intervenait sans coordination avec les forces régulières. Pendant ce temps, la pression sur les populations civiles s’accentue : des habitants continuent de fuir les zones affectées par les violences, tandis que des déplacés affluent notamment vers Mangina et Bunia, selon des sources humanitaires locales. La priorité reste ainsi la protection des civils et la mise en place d’un dispositif sécuritaire cohérent, sous une chaîne de commandement clairement établie.
La Reine Aminata Kitambala