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Ituri : la CCR3C engage le dialogue pour mettre fin au conflit de pouvoir coutumier à Lengabo

Une mission de deux jours est menée depuis le 26 août 2026 dans le groupement Lengabo, en chefferie des Baboa-Bokoe, pour tenter de départager deux clans familiaux qui se disputent depuis plusieurs années la légitimité du pouvoir coutumier.

La Commission Consultative de Règlement Coutumier, Communautaire et Intercommunautaire (CCR3C) a entamé, mercredi 26 août 2026, une mission de deux jours à Lengabo, dans le territoire d’Irumu, avec l’accompagnement de l’ONG Mwangaza Peace, M-Peace. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Projet de soutien au processus de dialogue communautaire, d’engagement politique et de prévention et résolution des conflits en Ituri, financé par le gouvernement suédois, avec l’appui technique du PNUD et mis en œuvre par Mwangaza Peace.

Au cœur de cette mission se trouve un conflit de pouvoir coutumier qui oppose depuis plusieurs années deux grands blocs familiaux : Soloya 1, porté par le clan Ndizoga, et Soloya 2, représenté par le clan Ndikibira. À l’espace Kingakati, la CCR3C a commencé ses consultations séparées avec la participation de sept clans. Soloya 2, entendu dans la matinée, réclame notamment le retour du pouvoir coutumier sur le site reconnu, selon lui, par les ancêtres.

Dans une correspondance datée du 14 avril 2025 adressée à la chefferie des Baboa-Bokoe, Soloya 2 conteste le fonctionnement actuel du groupement, qu’il qualifie d’anarchique, et affirme que trois clans revendiquent la légitimité coutumière. De son côté, Soloya 1, conduit par le clan Ndizoga, défend une légitimité historique fondée sur la reconnaissance administrative de Lengabo comme groupement en 2012, à l’issue d’une enquête de viabilité. Selon cette version, le clan Ndizoga aurait alors été reconnu comme clan cheffal et aurait reçu une autorisation officielle de fonctionnement du commissaire de district de l’époque.

Les deux camps font remonter leurs origines à un ancêtre commun, BALA, dont la descendance aurait été divisée à la suite d’une querelle entre deux frères, donnant naissance aux deux branches de la famille Soloya. Au fil des décennies, cette division aurait été exacerbée par les événements liés à la rébellion Muleliste entre 1960 et 1965, le déplacement temporaire du pouvoir vers DELE ainsi que les violences interethniques de 2000. Chaque clan s’appuie aujourd’hui sur sa propre lecture de l’histoire et cite ses gardiens de la coutume et les chefs qui se sont succédé, de Babuchuka Nzenge à Ambroise Kyombe, Muthel Selemani et Mayele Anzabo, jusqu’à la période récente marquée par la mort du chef Singoma en 2016.

Selon le clan Ndizoga, qui affirme détenir actuellement le pouvoir à travers son fils, Sa Majesté Makisa Ginabo John, mis en veille en raison du conflit, la crise aurait également été aggravée par un désaccord avec le chef de la chefferie des Baboa-Bokoe autour d’intérêts privés liés à l’échange d’un terrain avec bâtiment. Dans ce contexte, l’intérim à la tête du groupement Lengabo est actuellement assuré par MATESO TOYABO Jean Claude. Ces éléments illustrent la complexité d’un conflit où les considérations historiques, coutumières, administratives et personnelles semblent se croiser.

Présidée sur le terrain par Sa Majesté Jean Tojabo Katho, chef de la chefferie de Basili et dignitaire d’État, la CCR3C appelle les protagonistes à privilégier la paix et la cohabitation. « Besoin de la paix entre la vraie famille régnante », a insisté le président de la commission. La démarche consiste à écouter séparément les différentes parties, examiner les récits historiques et les fondements coutumiers recueillis sur le terrain, avant de rendre une décision destinée à déterminer le clan cheffal considéré comme légitime. Après l’audition de Soloya 2 dans la matinée, celle de Soloya 1 s’est tenue le même jour à 16 heures. Le verdict est attendu dans les prochains jours, tandis que la CCR3C appelle, dans l’intervalle, à l’apaisement et à une cohabitation pacifique à Lengabo.

La Reine Aminata Kitambala

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