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Ebola RDC : Vaccination lancée à Kisangani, mais l’épicentre Ituri toujours en souffrance

Devant la progression de la 17e épidémie de Maladie à Virus Ebola sur le territoire national, le Ministère de la Santé publique a amorcé à Kisangani l’immunisation ciblée des professionnels de santé et des intervenants de première ligne actifs dans la Tshopo, le Bas-Uélé et le Haut-Uélé. Sur le papier, l’initiative est saluée comme un coup d’accélérateur décisif de la riposte.

Mais sur le terrain, une question s’impose : pourquoi commencer par Kisangani alors que l’épicentre de la maladie se trouve en Ituri, province qui a déjà beaucoup perdu ?

Les derniers chiffres de l’Institut National de Santé Publique au 24 août sont sans appel. Sur 5 656 cas confirmés et 2 715 décès enregistrés dans tout le pays, l’Ituri concentre à elle seule 4 716 cas et 2 119 décès, soit 83% du fardeau national. Le Nord-Kivu suit avec une létalité qui grimpe à 68,2%. À l’inverse, la Tshopo ne compte que 15 cas pour 8 décès et n’a signalé aucune nouvelle confirmation ce jour-là.

La justification du gouvernement est stratégique. Kisangani n’est pas la province la plus touchée, mais c’est le verrou du pays. Carrefour routier, fluvial et aérien reliant cinq provinces, si le virus s’y installe, c’est tout le centre de la RDC qui risque l’embrasement. Le chef de la Division provinciale de la Santé de la Tshopo, Bienvenu Ikomo, l’a rappelé : le risque d’expansion rapide demeure élevé. Vacciner les soignants de Kisangani, c’est donc tenter de créer un bouclier, un cordon sanitaire autour de l’épicentre pour protéger le Haut-Uélé qui compte déjà 184 cas et le Bas-Uélé.

Il y a aussi une réalité scientifique que peu mentionnent. Cette épidémie est causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué. Le vaccin Ervebo qui avait été massivement utilisé lors de l’épidémie de 2018-2020 ne protège que contre la souche Zaïre. Ce qui est administré à Kisangani relève donc d’essais cliniques sur des vaccins candidats, destinés d’abord à sécuriser ceux qui s’exposent au quotidien : corps médical, équipes de laboratoire, ambulanciers et agents d’assainissement.

Mais cette stratégie, défendable sur le plan épidémiologique, est difficile à entendre à Bunia. Dans l’épicentre, la riposte est à bout de souffle. Le 13 juillet dernier, les médecins du Centre de Traitement Ebola de Rwampara ont brûlé des pneus et menacé d’une grève sèche. Leur revendication : des salaires et primes impayés depuis le 15 mai. « Nous continuons à les soigner parce que c’est notre serment mais nous travaillons dans des conditions très difficiles », confiait le Dr Pascal Bahoya. Au 12 juillet, 112 soignants avaient déjà été infectés dont 35 étaient décédés, et le taux d’occupation des centres de traitement frôlait les 100% au niveau national.

Pour l’Ituri, la suite ne passera donc pas, pour l’instant, par le vaccin. Selon le directeur général de l’INSP, Dieudonné Mwamba, la priorité reste le renforcement du dispositif existant : le déploiement de 21 laboratoires dans les zones affectées, l’ajout de 42 lits au CTE de Bunia, et surtout l’engagement communautaire pour retrouver les cas cachés, avec un suivi des contacts qui peine à dépasser les 85%.

En somme, le gouvernement a choisi de protéger l’arrière pour éviter que l’épidémie ne se nationalise. Un pari nécessaire. Mais il sera incompréhensible si l’avant, à Bunia, continue de manquer de tout, y compris du minimum pour ceux qui risquent leur vie chaque jour.

La Reine Aminata Kitambala

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