
Depuis la déclaration de l’épidémie le 15 mai 2026, 158 agents de santé ont été infectés par le virus Ebola Bundibugyo et 45 ont perdu la vie. L’Ituri, qui concentre 86 % des cas, apparaît comme l’épicentre d’une crise sanitaire qui met également le personnel soignant à rude épreuve.
Depuis plusieurs semaines, le bilan humain de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo continue de s’alourdir en République démocratique du Congo. Selon les données du ministère de la Santé publique arrêtées au 20 août, 158 agents de santé ont été infectés et 45 sont décédés. Ces chiffres témoignent de l’exposition particulièrement élevée des professionnels de santé, pourtant en première ligne dans la riposte contre la maladie.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la souche Bundibugyo ne bénéficie actuellement d’aucun vaccin ni traitement homologué spécifiquement contre elle. Contrairement à la souche Zaïre, responsable de l’épidémie de 2018-2020 et ciblée par le vaccin Ervebo, les équipes médicales intervenant aujourd’hui évoluent dans un contexte de protection limitée. Le recours au vaccin à Kisangani se fait à titre compassionnel, sans garantie établie d’efficacité contre cette souche.
À cette vulnérabilité s’ajoutent les difficultés opérationnelles qui affectent les structures de prise en charge : insuffisance des équipements de protection, surcharge des centres de traitement et arrivée tardive des patients. Lors d’un sit-in organisé à Bunia le 20 août pour réclamer plusieurs mois d’arriérés de salaire, un infirmier résumait la détresse du personnel en ces termes : « On nous envoie au front sans armes. » Une déclaration qui illustre la pression croissante exercée sur des soignants confrontés quotidiennement au risque de contamination.
Mais la gravité de la situation ne s’explique pas uniquement par les conditions de travail des professionnels de santé. Selon l’Institut national de santé publique, 60 % des décès surviennent encore au sein des communautés, en dehors des structures sanitaires, tandis qu’une grande partie des chaînes de transmission demeure inconnue. Africa CDC estime, pour sa part, que seuls 10 % des contacts réels seraient identifiés. Ces retards dans la détection et le suivi favorisent la transmission du virus avant même l’arrivée des malades dans les centres de soins.
Malgré ce sombre tableau, des signes d’espoir subsistent. Au moins 1 152 personnes ont déjà guéri et regagné leurs communautés, notamment grâce à une prise en charge précoce. Les autorités sanitaires et l’Organisation mondiale de la santé appellent ainsi la population à réagir rapidement face aux symptômes évocateurs, notamment une fièvre brutale, des maux de tête, des vomissements, la diarrhée ou les yeux rouges, en appelant le 109 ou en se rendant immédiatement dans le centre de santé le plus proche. Elles recommandent également de ne pas toucher les dépouilles de personnes décédées après une fièvre inexpliquée et de respecter les mesures d’inhumation dignes et sécurisées, tout en maintenant une hygiène rigoureuse des mains.
Au 22 août, les données de l’INSP faisaient état de 5 290 cas confirmés, 2 516 décès et une létalité de 47,6 %. Six provinces étaient touchées : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé. En Ituri, 54 zones de santé sur 140 étaient affectées. Derrière ces statistiques se trouvent aussi les 45 soignants morts en voulant sauver des vies. Leur disparition rappelle que, face à Ebola Bundibugyo, la protection du personnel médical, la détection précoce des cas et la vigilance collective constituent désormais des priorités vitales.
La Reine Aminata Kitambala