
Le président Félix Tshisekedi a franchi, le 13 septembre 2026, une nouvelle étape dans son projet de Dialogue national en signant l’ordonnance portant création du Comité d’organisation du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation. Annoncé comme un processus inclusif devant s’étendre sur une période maximale de trois mois, le mécanisme prévoit des consultations dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales à Kinshasa. Mais à peine annoncée, l’initiative présidentielle se heurte déjà aux réserves de l’opposition, qui y voit une démarche politique destinée à consolider davantage le pouvoir en place.
L’ordonnance, lue sur les antennes de la RTNC par la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama, fixe les grandes lignes de ce processus censé déboucher sur l’élaboration d’un Pacte national. La Présidence met en avant une démarche ouverte aux différentes composantes de la société, notamment les femmes, les jeunes et la diaspora. Une limite est toutefois clairement posée : aucun groupe armé ne pourra prendre part aux travaux. Pour le pouvoir, l’objectif affiché est de créer un espace de concertation autour de la paix, de la cohésion nationale et de la refondation du pays.
Dans les rangs de l’opposition, cette annonce est loin de susciter l’adhésion. La plateforme LAMUKA/C64 maintient sa marche annoncée pour le 15 septembre à Kinshasa, journée correspondant également à la rentrée parlementaire. Son porte-parole, Prince Epenge, affirme que cette mobilisation demeure irréversible. Selon lui, le forum initié par le président Tshisekedi ne répond pas aux exigences constitutionnelles et s’inscrirait plutôt, d’après son analyse, dans une démarche de violation de la Constitution. L’opposition entend ainsi maintenir la pression malgré l’annonce du Dialogue national.
En Ituri, la contestation prend une tonalité particulièrement virulente. Mufalme Moïse dit Lumumba, cadre de la NOGEC et figure de l’opposition dans cette province, rejette à son tour le format proposé par la Présidence. Après avoir affirmé avoir examiné l’ordonnance présidentielle, il qualifie le processus de « Congrès de l’Union sacrée déguisé ». À ses yeux, la composition et le fonctionnement du comité d’organisation ne garantiraient pas une représentation suffisamment indépendante des différentes sensibilités politiques et sociales, notamment celles de la C64, de la NOGEC et d’une partie de la société civile.
Son réquisitoire repose principalement sur trois griefs. Il dénonce d’abord une organisation qu’il juge contrôlée par le pouvoir, estimant que la désignation des organisateurs et le filtrage des participants compromettent, selon lui, la crédibilité du processus. Il critique ensuite ce qu’il considère comme une tentative de partager entre toutes les composantes nationales la responsabilité d’un bilan qu’il attribue principalement à l’Union sacrée, évoquant notamment la situation sécuritaire dans l’Est et les difficultés économiques du pays. Enfin, il met en doute la portée concrète des futures recommandations, rappelant que des engagements issus de précédentes concertations n’auraient, selon lui, pas produit les résultats escomptés.
Pour ce responsable de l’opposition en Ituri, les conditions nécessaires à un véritable dialogue national ne sont donc pas réunies. Il réclame notamment la libération des prisonniers politiques qu’il cite, parmi lesquels Constant Mutamba, Joseph Kabila et Seth Kikuni, ainsi que l’arrêt des poursuites visant des journalistes et la mise en place d’une médiation qu’il souhaite neutre. Sans ces garanties, estime-t-il, le processus ne pourrait être considéré comme un véritable dialogue national. Il résume sa position par une formule particulièrement sévère : « Sans cela, ce n’est pas un Dialogue National. C’est un monologue. »
À Kinshasa, le rendez-vous du 15 septembre s’annonce ainsi sous haute tension, entre la rentrée parlementaire, la marche annoncée par la plateforme C64/LAMUKA et une contre-marche attribuée à la Jeunesse républicaine favorable au président Tshisekedi. Alors que l’ordonnance présidentielle ouvre officiellement la voie aux consultations annoncées, la contestation de l’opposition soulève une interrogation qui dépasse désormais la seule capitale : quelle place l’Ituri et les autres composantes de l’opposition entendront-elles occuper dans ce processus ? Entre participation et boycott, le débat sur la légitimité, l’inclusivité et les garanties du Dialogue national ne fait que commencer.
La Reine Aminata Kitambala