
La relance du projet de dialogue national remet au premier plan les attentes des provinces de l’Est de la République démocratique du Congo, où les députés du Nord-Kivu, de l’Ituri ainsi que plusieurs organisations de la société civile réclament d’être pleinement associés au processus. Pour ces acteurs, toute initiative de concertation sur l’avenir du pays ne peut être crédible sans une implication effective des populations directement confrontées à l’insécurité.
Cette revendication intervient un peu plus d’un mois après la suspension de la participation de plusieurs députés du Nord-Kivu et de l’Ituri aux travaux de l’Assemblée nationale. Les élus dénonçaient alors l’absence d’un débat approfondi sur la crise sécuritaire qui frappe leurs provinces depuis 2021. À ce jour, aucune communication officielle n’indique qu’ils aient été consultés avant la relance de cette nouvelle initiative de dialogue, alors même que le président de l’Assemblée nationale a invité les parlementaires à « accompagner » le processus.
Le contexte soulève également des interrogations d’ordre juridique et institutionnel. L’article 220 de la Constitution interdit notamment toute révision touchant à certains principes fondamentaux, dont les mandats et l’intégrité du territoire national. Dans un pays où plusieurs territoires du Nord-Kivu et de l’Ituri demeurent affectés par les conflits armés et les déplacements massifs de populations, la perspective d’éventuelles consultations nationales continue d’alimenter le débat sur les conditions d’une participation réellement inclusive.
Pour les autorités congolaises, le dialogue s’inscrit dans une dynamique plus large de recherche de la paix, soutenue par les discussions en cours et les accords récemment conclus. Toutefois, cette approche suscite des réserves au sein des communautés les plus touchées par les violences. À Beni, Rutshuru et en Ituri notamment, de nombreuses familles de victimes s’interrogent sur la manière de concilier la quête de la paix avec les exigences de justice, de mémoire et de reconnaissance des souffrances endurées.
Les organisations de la société civile, particulièrement les mouvements de femmes, plaident pour une participation active dès la phase préparatoire. Selon elles, leur rôle ne devrait pas se limiter à soutenir le processus une fois lancé, mais consister à contribuer à la définition de son contenu, de ses priorités et de ses mécanismes, afin que les préoccupations des communautés affectées soient effectivement prises en compte.
Au-delà des considérations sécuritaires, plusieurs observateurs estiment que le débat revêt également une forte dimension politique. Les difficultés d’organiser des élections ou toute autre consultation nationale dans des zones où l’État exerce un contrôle limité alimentent les interrogations sur les motivations des différents acteurs. Dans ce contexte, les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri continuent de placer la restauration durable de la paix au cœur de leurs attentes, estimant qu’aucune réforme politique ne pourra produire des résultats durables sans une amélioration tangible de la sécurité.
La Reine Aminata Kitambala