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CANNABIS EN RDC : l’Officialisation de la filière suscite l’inquiétude des leaders de l’Est

L’encadrement de la culture, de la production, de l’exploitation et de la commercialisation du cannabis à des fins médicales et scientifiques en République démocratique du Congo suscite des réactions contrastées, particulièrement dans l’Est du pays.

Pour plusieurs acteurs locaux, cette orientation du gouvernement constitue un sujet sensible dans une région où les autorités et les organisations de jeunesse font déjà face aux conséquences liées à la consommation d’alcool, de drogues et de stupéfiants.

Contrairement à une légalisation générale de l’usage récréatif du cannabis, les textes adoptés en novembre 2022 établissent un cadre spécifique pour son exploitation à des fins médicales et scientifiques. L’arrêté ministériel n°1250/CAB/MIN/SPHP/038/DCA/CPh/2022 fixe notamment les conditions d’exploitation des stupéfiants et substances psychotropes, tandis qu’un autre arrêté crée une Commission multisectorielle permanente chargée de coordonner les activités liées à l’usage médical et scientifique du cannabis.

Le dispositif prévoit notamment que la culture du cannabis à des fins médicales nécessite une autorisation préalable du ministère ayant la Santé dans ses attributions. Les textes prévoient également des exigences concernant les variétés autorisées, les superficies cultivées et les conditions d’exploitation. Pour les usages médicaux, les variétés autorisées sont notamment celles dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,2 %, selon le texte consulté.

Des inquiétudes dans le secteur Ruwenzori

Dans le secteur Ruwenzori, au Nord-Kivu, le Service de la Jeunesse et Éveil Patriotique tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la consommation des substances psychoactives dans la communauté.

Dans son rapport référencé N°50 72/005/SJEP/SR/2026, le responsable de ce service, Nzangura Kwavingiston, fait état de plus de 197 cas de troubles mentaux qu’il associe notamment à la consommation abusive d’alcool, de drogues et de stupéfiants, dont le chanvre.

Face à cette situation, le rapport recommande notamment le renforcement de la lutte contre la vente et la consommation des stupéfiants ainsi qu’un meilleur encadrement de la consommation d’alcool.

Pour les responsables locaux, la question n’est donc pas uniquement économique. Elle touche également à la protection de la jeunesse et à la prévention des addictions.

Des voix s’élèvent contre l’initiative

L’ancien maire Maître Achille Kapanga s’interroge sur l’opportunité de promouvoir une telle filière dans un contexte où les jeunes sont déjà exposés aux stupéfiants et à la guerre

 » N’y a-t-il pas d’autres projets à promouvoir que la culture du chanvre, qui fait déjà des conséquences chez les jeunes alors que c’est dans la clandestinité, et quelles sont les mesures d’accompagnement ? , s’interroge-t-il.;

De son côté, Maître Élie Vaghumawa, député national élu du territoire de Beni, adopte une position beaucoup plus ferme. Il demande l’arrêt immédiat de ce qu’il qualifie d’initiative toxique.

Pour cet élu, les priorités devraient être orientées vers l’emploi et l’éducation des jeunes.

 » La jeunesse congolaise a besoin d’emplois et d’éducation, pas de drogues !  » , soutient-il.:

Entre opportunité économique et risque de détournement

Le débat intervient alors que les autorités congolaises ont progressivement mis en place un cadre réglementaire pour le développement d’une filière de cannabis destinée aux usages médicaux et scientifiques.

L’arrêté interministériel du 24 novembre 2022 fixe notamment les droits, taxes et redevances liés à la culture, la production, la détention, l’exploitation et la commercialisation de la plante de cannabis et de ses produits, dans le cadre des usages médicaux et scientifiques.

Le même dispositif réglementaire insiste toutefois sur la nécessité de limiter et de contrôler la culture, la production, la détention, l’utilisation et la commercialisation des stupéfiants afin d’éviter les détournements vers des usages illicites.

C’est précisément ce point qui alimente les inquiétudes de plusieurs leaders de l’Est : comment développer une filière économique et médicale encadrée sans favoriser, directement ou indirectement, l’accès des jeunes au cannabis destiné à un usage récréatif ?

La question demeure donc ouverte et appelle, selon les acteurs locaux, des mécanismes de contrôle stricts, une sensibilisation de la population et des garanties suffisantes pour empêcher le détournement de la production autorisée vers les circuits clandestins.

Dans l’Est de la RDC, le débat ne porte ainsi pas seulement sur le cannabis lui-même, mais sur l’équilibre entre opportunité économique, recherche médicale, contrôle des stupéfiants et protection d’une jeunesse déjà confrontée à de nombreux défis sociaux.

Rédaction

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