
Face à la recrudescence des massacres, les jeunes d’Oicha chef lieu du territoire de Beni lancent un appel fort à ceux de leur génération enrôlés par les ADF : « Quittez cette blague, c’est le sang de vos propres familles que vous versez. »
Alors que la région de Beni continue d’être ensanglantée par des attaques attribuées aux rebelles ADF, le Parlement des Jeunes de la commune d’Oicha a choisi de ne plus se taire. Dans une déclaration rendue publique le 22 septembre 2025, cette structure juvénile a dressé un lourd bilan de deux mois de violences : au moins 88 civils tués, 43 maisons, 15 motos et 7 vélos incendiés entre le 9 juillet et le 20 septembre.
Mais au-delà de la dénonciation des tueries, les jeunes d’Oicha ont adopté un ton inédit : ils pointent du doigt la complicité locale, notamment de certains jeunes enrôlés volontairement ou manipulés par les ADF. Un message clair leur est adressé : « Quittez cette blague. «
« C’est le sang de vos mères, de vos pères, de vos frères et sœurs que vous versez inutilement. Tôt ou tard vous serez arrêtés et vos actes ne resteront pas impunis. » Charles Kasereka Valeri, Parlement des Jeunes d’Oicha, son rapporteur
Un bilan humain insoutenable
Dans le document lu par Charles Kasereka, le Parlement détaille les attaques récentes avec précision. Du 9 juillet au 20 septembre 2025, les localités de Katerin, Mayimoya, Mbimbi, Mabasele, Fotodou, Musuku, Mbau, Mbutaba, Wesa et Sabu ont été ciblées par les ADF.
Le 9 et 10 juillet : 34 civils tués dans les villages de Katerin, Baeyi, Matoko et Masiya.
Le 13 août : un cultivateur enlevé à Mulobya, toujours introuvable.
Le 16 août : 9 civils tués, 29 maisons et 8 motos incendiées à Mbimbi.
Le 8 septembre : 19 personnes massacrées à Fotodou, avec 7 motos et 7 vélos incendiés.
Le 18 septembre : 11 morts à Wesa et Sabu.
Et la liste continue. Ce sont des dizaines de familles endeuillées, des villages traumatisés, des survivants abandonnés.
Des doutes sur l’efficacité militaire
Le Parlement des Jeunes s’interroge également sur l’efficacité des opérations conjointes menées par les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF). Malgré des équipements sophistiqués capables de détecter l’ennemi, aucune traque sérieuse ne semble en cours, déplorent-ils.
« L’UPDF possède des équipements modernes, capables de localiser l’ennemi. Alors pourquoi ne sont-ils pas traqués ? À quoi servent ces matériels ? »
Une jeunesse qui veut se faire entendre
Mais ce qui fait la force de cette prise de parole, c’est la lucidité des jeunes sur le rôle de certains des leurs dans ce drame. Le Parlement de Jeunes d’Oicha refuse que l’implication de jeunes collaborateurs soit un sujet tabou.
Ils appellent à une rupture immédiate avec les groupes armés, et encouragent la réintégration dans les rangs des FARDC. Une façon de rappeler que l’espoir n’est pas perdu, tant que ceux qui ont dévié peuvent encore revenir.
Enfin, la déclaration interpelle directement les élus du territoire de Beni :
« Que faites-vous réellement pour sauver vos frères et sœurs soumis aux balles et aux machettes chaque jour ? Quittez les réseaux sociaux et passez à l’action. »
À la population, le message est clair : vigilance, courage, solidarité.
Et aux jeunes enrôlés : vous avez encore le choix de changer de camp.
Dans un territoire meurtri par des années de guerre, la voix du Parlement des Jeunes d’Oicha sonne comme un sursaut de conscience collective. Une jeunesse qui ne veut plus être utilisée comme chair à canon, ni comme complice silencieuse. Une jeunesse qui ose dire non même à ses propres frères.
Gloire Tsongo GT