
À Cantine, dans le groupement Baswagha-Madiwe en territoire de Beni (Nord-Kivu), une simple parcelle expérimentale ouvre de nouvelles perspectives pour l’agriculture locale. Longtemps marginalisée par les producteurs, la culture du poivron démontre aujourd’hui sa capacité à s’adapter aux conditions agroécologiques de la région, laissant entrevoir une alternative crédible pour diversifier les revenus des ménages agricoles et renforcer la sécurité alimentaire.
Cette expérimentation est l’œuvre d’Obadi Katembo Madirisha, ingénieur en sciences agricoles, option Entrepreneuriat agricole, formé à l’Institut Supérieur d’Études Agronomiques, Vétérinaires et de Foresterie de Cantine (ISEAVF-Cantine). Engagé dans la promotion de l’innovation agricole, il a conduit un essai de culture du poivron afin d’évaluer le comportement de cette spéculation dans les conditions climatiques et pédologiques de Cantine.
Après près de quatre mois de suivi, depuis la germination jusqu’à la fructification, les résultats se révèlent prometteurs. Les plants ont affiché une croissance normale et une bonne production de fruits, démontrant que le poivron peut être cultivé avec succès lorsque les itinéraires techniques sont respectés. Pour le chercheur, cette première expérience constitue une base scientifique encourageante, même si des essais sur de plus grandes superficies et durant plusieurs campagnes agricoles restent nécessaires afin d’évaluer avec précision les rendements, les coûts de production et la rentabilité économique.
« Le poivron mérite davantage d’attention de la part des producteurs. En plus d’améliorer l’alimentation des familles, cette culture peut générer des revenus supplémentaires et contribuer au développement de l’entrepreneuriat agricole dans notre milieu », souligne Obadi Katembo Madirisha. Selon lui, la diversification des cultures représente aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces pour accroître la résilience des exploitations agricoles face aux aléas économiques et climatiques.
Au-delà de son intérêt économique, le poivron possède d’importantes qualités nutritionnelles. Riche en vitamine C, en provitamine A et en antioxydants selon les variétés, il contribue à améliorer la qualité de l’alimentation des ménages. Sa demande croissante sur les marchés locaux et urbains offre également des perspectives commerciales intéressantes aux producteurs qui souhaitent investir dans une culture maraîchère à forte valeur ajoutée.
La réussite de cette culture repose toutefois sur le respect des bonnes pratiques agronomiques. Un sol fertile et bien drainé, un semis en pépinière, un repiquage au stade approprié, une fertilisation adaptée, un arrosage maîtrisé ainsi qu’une surveillance régulière des maladies et ravageurs demeurent des conditions essentielles pour garantir une production de qualité. Dans les conditions climatiques de Cantine, ces exigences techniques restent accessibles aux exploitants bénéficiant d’un accompagnement agricole approprié.
À travers cette expérimentation, Obadi Katembo Madirisha démontre que l’innovation agricole peut émerger des initiatives locales et contribuer à transformer les systèmes de production. Si les essais futurs confirment ces premiers résultats, le poivron pourrait progressivement s’imposer comme une culture stratégique dans le territoire de Beni, créant de nouvelles opportunités d’entrepreneuriat agricole, de création de revenus et de renforcement durable de la sécurité alimentaire.
La Rédaction