RADIO BEROYA FM

mardi, mars 10News That Matters
Shadow

Accord de Washington : vigilance ou vulnérabilité, le choix de la RDC (Jean P. Soko)

L’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda suscite espoir et scepticisme. Pour l’analyste politique indépendant du Nord-Kivu, Jean‑Paul Soko, il s’agit d’une avancée diplomatique qui ne doit en aucun cas conduire à un relâchement stratégique. La paix espérée ne sera durable que si la RDC renforce sa puissance et sa vigilance.

Depuis son annonce, l’accord de Washington a été présenté comme une étape majeure dans les relations entre Kinshasa et Kigali. Pourtant, l’histoire sécuritaire de la région impose une lecture prudente : la stabilité congolaise ne peut reposer sur une signature dont la valeur dépend des rapports de force.

Jean‑Paul Soko rappelle que, depuis plus de vingt ans, le Rwanda suit un schéma récurrent dans l’Est de la RDC : recours à des acteurs armés indirects, dénégation officielle, puis retour à la négociation. Plusieurs rapports internationaux ont évoqué l’implication de Kigali dans les activités du mouvement AFC/M23, utilisé comme levier stratégique sur le terrain congolais.

Pour l’analyste du Nord-Kivu, les processus de Lusaka, Nairobi ou Luanda ont révélé un cycle constant : engagement diplomatique, apaisement temporaire, puis reprise des pressions militaires ou paramilitaires. L’accord de Washington ne rompt pas avec cette logique, car aucun État ne modifie instantanément sa doctrine stratégique.

Jean‑Paul Soko insiste sur un principe : la sécurité nationale ne s’externalise pas. Un accord n’a de valeur que s’il repose sur une capacité de dissuasion crédible. Un engagement est respecté lorsqu’il coûte plus cher de le violer que de l’honorer.

La stabilité, souligne-t-il, repose sur la puissance réelle. La RDC doit renforcer ses unités engagées à l’Est, moderniser son renseignement face aux mouvements du AFC/M23, améliorer sa mobilité tactique et sécuriser les axes stratégiques de Bunagana, Rutshuru, Nyiragongo et les zones sensibles autour du lac Kivu. La dissuasion n’est pas l’agression : c’est l’assurance que personne ne souhaite tester la capacité de défense nationale.

Jean‑Paul Soko estime que l’accord de Washington peut faciliter la diplomatie, mais il ne constitue pas une garantie durable. Tant que les intérêts stratégiques du Rwanda demeurent inchangés, la RDC n’a pas le luxe de se relâcher. La souveraineté ne se garantit pas par la diplomatie seule : dans la région des Grands Lacs, le respect ne découle pas des déclarations publiques, mais de la force réelle. On coopère, mais on reste vigilant. On espère la paix, mais on prépare la puissance.

La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *